EGALE LIBERTE

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Les fausses conclusions philosophiques tirées des expériences de Libet sur les dynamiques temporelles de la "prise de décision"

 A partir des expériences de Benjamin  Libet

concernant l'ordre temporel précis de la survenue d' évènements cérébraux

corrélatifs à des décisions conscientes et volontaires,

certains ont cru bon de pouvoir en conclure que "la liberté n'existe pas",
ou que l' "intention ou la volonté  n' existent pas" .

Mais ce n'est pas parce que quelque chose n' existe pas de la façon dont certains s'imaginaient le fonctionnement de l' intention ou de la volonté,
d' après un schéma linéaire simpliste
( d'autant plus prégnant d'ailleurs que l'on adhère à une conception déterministe simpliste d'un enchaînement linéaire des "causes" et des "effets" ),
qu'on peut en conclure que "la volonté" ou l' "intention" ou la "liberté"  "n'existent pas"  !

Car les durées des dynamiques en question ( de fractions de secondes à quelques secondes ) sont insuffisantes pour qu'on puisse réduire à cet intervalle,
une décision comme celle d' attribuer ou non un acte d'appuyer sur un bouton ( effectué par notre système perceptivo-moteur mis dans certaines conditions expérimentales de réponse rapide ) à notre propre "volonté", à notre "intention" ou à notre "liberté", plutôt qu' au déclenchement aléatoire d'une "roulette russe" intérieure ou combinée à divers micro-évènements externes, dont les facteurs inconscients peuvent en effet être parfaitement déterminants, et ne laisser à notre décision volontaire intentionnelle  qu'un rôle éventuel de "régulation après coup".
Il n' y a là rien de révolutionnaire à s' apercevoir que "nous" ( comme organisme biologique et inséré dans les flux immédiats de nos situations dynamiques ) pouvons effectuer des actions , souvent même bien plus complexes, sans l' avoir suffisamment "murement" et "volontairement" décidé !
Et que c'est après coup que nous nous posons la question de notre "intention véritable" :  CELLE DONT NOUS POUVONS ASSUMER ET ASSURER LA CONTINUITE TEMPORELLE et la cohérence logique, au-delà des quelques secondes d'interaction "décisive" au niveau du réel "actuel".
Le genre d' "intention volontaire consciente" étudié dans les expériences de Libet, fait précisément intervenir des actes sensori-moteurs à très court terme .

C'est précisément ce présupposé que ce qui est "libre, volontaire et conscient" est le plus proche possible de l' "instantané", du "coup de tête", d'une "décision pure sans raisons" , qui est remis en question par ces expériences ! 

Si une conclusion philosophique peut en être tirée, ce n'est pas que la décision volontaire consciente n' existe pas ou n' a pas d' effet réel, c'est plutôt qu' une "décision libre, volontaire et consciente" doit nécessairement excéder en durée ces "pseudo-décisions" immédiates instantanées, donner le temps nécessaire pour être plus "murement réfléchies", "tournées et retournées" dans sa tête ( et éventuellement débattues avec d'autres ) , d' autant plus qu'elles risquent d'avoir des conséquences futures durables sur les conditions mêmes de cette liberté.

Bref, les expériences de Libet permettent de mieux cerner certaines interactions neurologiques et cérébrales qui servent à la formation de notre "volonté consciente" , mais ne permettent pas de nier globalement l' efficacité réelle de l'ensemble complexe d'interactions que nous désignons habituellement comme "notre volonté" ... après y avoir en effet suffisamment réfléchi , et donc repris notre propre "définition de nous-mêmes" dans les boucles complexes du pouvoir  de notre volonté de se donner à elle-même une ou de multiples représentations d' elle-même.


Ce qui pourrait ressortir davantage de ces débats autour des expériences de Libet, c'est qu'il faudrait analyser de façon beaucoup plus précise l' articulation entre les dynamiques quasi-instantanées ( en termes de "prise de conscience" précisément ) et les structures de pensée ( cognition, mémoire, représentations mentales diverses, planification, émotions , etc. ) conservées à plus long terme que des micro-décisions perceptivo-motrices sans signification durable.

Il est de ce point de vue paradoxal  que Paul Jorion croit utile à ses thèses, de prétendre que , en s' appuyant sur cette fausse interprétation philosophique des expériences de Libet  , je cite,  " La volonté et l' intention sont illusoires" ( Le dernier qui s'en va éteint la lumière, p. 143 )

Si la volonté et l'intention de Paul Jorion étaient simplement "illusoire" à ses propres yeux ( comme il le prétend ... )... il cesserait de chercher à partager ses idées, ses projets politiques , économiques ou éthiques ... , puisque son intention et sa volonté  seraient "illusoires". Ou il en ferait une simple fiction ...

Il est assez bizarre que Paul Jorion qui par ailleurs dans cet ouvrage ne cesse de pester contre le "court-termisme" capitaliste , en proposant des mécanismes de régulation plus à long terme et plus "réfléchis" etc. , succombe à cette réduction de la définition essentielle de l' "acte volontaire" aux quelques secondes d'une interaction perceptivo-motrice  sans enjeu réel pour le sujet concerné, qui est caractéristique des expériences de Libet .  Que l' ordre temporel de la prise de conscience , du déclenchement du geste moteur ( rétroactivement assumé comme "intentionnel" ), ne soit pas, dans ces boucles élémentaires, l' ordre naïvement attendu, devrait plutôt le conduire à proposer qu'une véritable intention volontaire ( individuelle, mais aussi collective ) ne doit par conséquent pas être réduite à un tel espace de temps limité à quelques secondes, trop court en effet pour que l' ordre logique VOULU de l' intention à l' acte , puisse s'instituer en effet comme tel dans un ordre chronologique contrôlable.

Qu'une certaine façon simpliste mais ordinaire de comprendre ou d'imaginer le rôle de notre volonté consciente soit remise en cause par les expériences de Libet, n'implique pas que "la volonté et l' intention sont illusoires" .
Pas plus que l' explication de la perception de la couleur rouge des tomates ( par une conjonction complexe de phénomènes physiques liés certains à l'objet, d'autres à la perception des couleurs )  ne rend "illusoire" la couleur rouge des tomates.
Ce que cela rend "illusoire", c'est l' explication du "réalisme naïf" qui croyait que la "couleur rouge de la tomate" telle qu'elle est perçue est immédiatement  une propriété inhérente à la tomate.
En matière d' "explication" neuro-psychologique concernant notre propre conscience de nous mêmes, les choses sont encore plus complexes, et les interactions entre nos "représentations" et les "référents" supposés de ces représentations encore plus difficile à analyser ...
La complexité et les aspects éventuellement inattendus ou contre-intuitifs de nouvelles conceptions explicatives d'un phénomène ne rendent pas pour autant ce phénomène ni inexistant ni "illusoire" ! 




 


Date de création : 11/05/2016 18:13
Dernière modification : 11/05/2016 18:13
Catégorie : Philosophie de la Liberté
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