EGALE LIBERTE

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"ELLE" et la Théorie de la Justice de John RAWLS

ELLE

( "Egale Liberté Libre Egalité" )

et la Théorie de la Justice

de John Rawls

Les lecteurs informés en termes de "philosophie politique" ne peuvent manquer de relever que l' expression " égale liberté" a notamment été utilisée par John Rawls, pour désigner son "Premier principe de Justice", et que Rawls lui-même se place bien sûr dans une longue tradition de débats philosophiques et qu'il est lui-même le point de départ de nombreuses discussions ultérieures, de "disciples" ou de dissidences diverses.

Mais ici, même si j' ai lu certaines choses à propos de Rawls, et si j' ai quelque peu effleuré sa "Théorie de la Justice" en traduction française, j' ai déjà expliqué que si bien entendu le principe d' "Égale Liberté" dans la Proposition d' "ELLE"  ( Égale Liberté Libre Égalité ) a quelque chose à voir avec le premier principe rawlsien, de même qu'il a "quelque chose à voir" avec l' "Egaliberté" proposée par Étienne Balibar, il est pour le moins téméraire de les confondre purement et simplement..

( Le lecteur non informé des principaux aspects de  la Théorie de la Justice de John Rawls peut par exemple lire l' introduction qui en est faite en ligne par Simon Wuhl )

Ceci dit, pour les lecteurs pas du tout informés de ce que dit Rawls de l' "égale liberté" comme premier principe de Justice, vous pouvez lire cet article de Michel Maric  en ligne sur CAIRN : "Que faire du principe rawlsien d' égale liberté"

En relisant cet article je m' aperçois que je n' ai jamais éprouvé, dans mes propres élucubrations autour de la thématique "liberté / égalité" , un quelconque besoin de parler aussi du "bonheur" , tant il est évidemment pour moi depuis longtemps que le "bonheur", comme le "malheur", ne peuvent pas se "chercher", mais seulement être "trouvés", par quelque surcroit  . de "hasard", heureux ou malheureux suivant les circonstances. 

C'est seulement la "liberté" qui est l'objet de mes soins, dans ma propre libre définition de cette liberté ( la "mienne" donc ), dont il est possible de déterminer certaines "conditions" : celles qui précisément lui accordent de la "valeur" à mes propres yeux : celle précisément de pouvoir être définie par "moi-même", c'est à dire par ma propre liberté. Une liberté cependant pensée de telle façon qu' elle puisse être ou devenir compatible avec celle d'innombrables autres personnes qui feraient pour elles-mêmes une démarche similaire.

Le "bonheur", que je peux connaître comme bien d'autres, n' a jamais été ni le premier de mes soucis, ni même un "objet de quête" quelconque, sans doute parce que j' ai toujours été précisément ... suffisamment "heureux", pour ne pas avoir à émettre à ce sujet de plainte, ou de "désir" particulier. Ou encore parce que j' ai toujours su, depuis mon enfance et ma jeunesse "philosophique", que de toutes façons il ne pouvait pas y avoir de bonheur véritable ni pour moi, ni pour quiconque qui pense comme moi, si d'abord la LIBERTÉ n'était pas assurée, et que l' essentiel du "bonheur" résultait simplement d'un libre accord soit entre ma propre liberté et celle des autres, soit entre ma liberté et ce que la "nature" ou la "spontanéité de l' être ou du réel"  produisait de façon "auto-organisée", sans que j' aie le moins du monde à m' en occuper ou à en "prendre soin". Ce dont je m'occupe donc, c'est de ma liberté ... et de sa compatibilité avec celle des autres. Et cette libre "occupation" me comble suffisamment, en plus des autres que je peux librement mettre en oeuvre, et de quelques autres que mes obligations domestiques et privées m' imposent pour ma survie et mon confort individuel minimal, pour y trouver mon "bonheur", au sens quotidien.

Le paragraphe consacré par Michel Maric à présenter le principe d' "Egale Liberté" chez Rawls

me convient tout à fait et je le cite donc :

" Dans sa « Reformulation de Théorie de la justice », Rawls donne du premier principe la définition suivante : « Chaque personne a une même prétention indéfectible à un système pleinement adéquat de libertés de base égales, qui soit compatible avec le même système de libertés pour tous [2]  Idem, p. 69. [2] ». Ce principe rappelle d’emblée l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui figure en préambule de notre constitution de 1958 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ». La liberté se conçoit bien ici comme « exercice de droits naturels » et, tout comme le souligne l’adage selon lequel « ma liberté s’arrête là où commence celle des autres », cette liberté ne tolère qu’une limite : l’assurance que doivent avoir tous les membres de la société de jouir des mêmes droits. Dans l’énoncé de son premier principe, Rawls, relativement à la Déclaration des droits de l’Homme, insiste sur le fait que les libertés forment un système, un ensemble de droits compatibles entre eux. Il s’agit, pour chacun, de disposer de la même liberté que tous."

Les choses commencent à se gâter, et à creuser leur DIFFERENCE entre ce que cherchait Rawls et ce que je propose moi même derrière "ELLE" , dès la phrase suivante où Maric précise l' intention de Rawls, et où en effet moi-même, je ne suis plus exactement dans la même voie de proposition.

Je cite encore Maric :

"Par delà ce que l’on pourrait considérer comme une robuste trivialité, il s’agit aussi pour Rawls de préciser les libertés qui peuvent être ici prises en compte.
Dès lors, un enjeu essentiel de la théorie réside dans la définition même de ces « libertés de base ».
Selon Rawls, on peut établir cette liste soit de manière historique, soit de manière analytique.  [...]
"

En somme ma propre convergence avec Rawls se fait sur ce que Maric nomme ici "une robuste trivialité" , et je serai déjà bien "heureux" qu'il s'agisse d'une véritable "robuste trivialité" pour beaucoup d' êtres humains ...

Sans doute la simple expression "formelle" ( et donc Forme ELLE aussi ... ) d'un "principe d' égale liberté" est- elle insuffisante, à la fois pour permettre à des lecteurs de s'en faire une représentation assez claire pour décider de leur adhésion à cette idéal, et pour engager des essais de "mise en oeuvre effective" pour avoir un "retour du réel".

Une remarque tout de même : même dans la part commune apparemment "triviale", il y a un aspect que je ne retiens pas pour "évident" du tout : c'est la question de son rapport à de supposés "droits naturels" , bref à la signification plus qu' ambiguë de l' intervention de l' idée de "nature" dans ce champ de la "liberté" ...

Si je reprends bien évidemment le principe d'égalité des droits  inhérent  à cette liberté :
"cette liberté ne tolère qu’une limite : l’assurance que doivent avoir tous les membres de la société de jouir des mêmes droits",
il n'est nullement évident pour moi de quelle "société" on parle et donc non plus de quelle "nature" une telle "société" tirerait de tels "droits" !

Sauf si une telle "société" est explicitement constituée par et pour les personnes libres et égales qui FONT LE LIBRE CHOIX d' en faire partie et donc de se soumettre LIBREMENT à cette fameuse "limite" , mais qui est aussi leur "assurance mutuelle"  :  L' assurance que doivent avoir tous les membres de CETTE société-là  de jouir des mêmes droits dont ils sont par ailleurs les "constituants".

Une "liste" de tels droits est nécessairement "précaire", dynamique et provisoire et en débat. Contrairement à ce que pensait Rawls, il n' y a pas pour moi de possibilité de constituer une telle liste de façon a priori "universelle", mais il est possible d'en construire de multiples en fonction précisément des "assurances mutuelles" diverses et variables que des personnes libres et égales  ( choisissant librement de l' être ... ) veulent se donner entre elles.
On sait que Rawls, à travers son dispositif de "Voile d'ignorance" prétendait pouvoir faire trouver  les "principes de justice" à toute personne qui accepterait de prendre ( par hypothèse ... artificiellement ) cette "position originelle" .
Le problème essentiel est pour moi qu'une telle acceptation de la "position originelle" derrière le "voile d'ignorance", équivaut en fait ou du moins présuppose déjà l' adoption tacite ... du premier principe de Justice ... N'accepteront de considérer comme légitime cette position derrière le "voile d'ignorance" que les personnes qui en effet par ailleurs acceptent aussi le premier principe d' "Égale Liberté".

La seule assurance de principe fondatrice et fondamentale que les personnes  librement adhérentes se donnent mutuellement, par "constitution", par définition même de "LEUR SOCIETE" ou de "LEUR PEUPLE"  ou de leur "MU-TU-ELLE"  , c'est justement de respecter dans tous les cas l' ÉGALITÉ des LIBERTÉS dont elles s' "assurent mutuellement" de les respecter et de les développer. Donc dans la mesure où des communautés juridiques partielles se forment par libre choix au sein de la communauté globale du "NouS" de l' Egale Liberté Libre Egalité", chaque membre d'une communauté partielle ( "association" ) s' engage à respecter l' Egalité de droits que cette communauté associative constitue : L' Egalité comme réciprocité de la reconnaissance mutuelle des droits et libertés des personnes adhérentes doit donc toujours être maintenue comme critère de fidélité à la norme globale librement instituée par l' adhésion générale au Principe d' Égale Liberté Libre Égalité

Il reste encore l' essentiel toujours à faire et à refaire entre les "personnes libres et égales" , soit de se faire "mutuellement"  suffisamment confiance ( sur la base d'une quelconque "fraternité" spontanée d' affinités électives ou de "je t'aime moi non plus" ... ou je t'aime ici et maintenant, mais peut être encore moins demain ... ), soit de transformer en effet leur accord de principe en différentes formes de déclaration de contrats communs sur tel ou tel domaine de l' échange
( le fameux "mutuus" des "mutations" qui s'échangent ... alors qu'on n' a aucune "assurance" de leur "valeur d'usage" future ).
Mais si l' essentiel reste à faire ( et heureusement pour notre commune et égale LIBERTE,), il serait déjà tellement mieux de savoir qu' au moins sur le "principe" , un certain nombre de personnes libres et égales sont parvenues LIBREMENT à tomber d' accord entre elles et donc à confronter dans un "éternel retour" ce "principe avec leurs timides "réalisations créatrices" correspondant aux multiples situations problèmes de leurs histoires croisées.

Un principe d' Egale Liberté Librement constitué par des personnes : LIBREMENT, c'est à dire sans qu'une quelconque "loi naturelle", ni "loi divine" , ni loi positive imposée par une législation politique, ni évidemment par une quelconque caste ou pouvoir , ou par tel ou tel gourou ou petit caid ou "seigneur des lieux" , ou "expert" ne les y ait ni contraint, ni obligé, ni séduit, ni subtilement amené à adopter.

EXIT donc le "contrat social" de Rousseau, où les personnes devenant "citoyens" ABANDONNERAIENT LEUR LIBERTE"  propre entièrement au profit de la "volonté générale" ... qui saurait mieux qu'elles mêmes ce qui est bien pour elles ... ou comme dit Rousseau qui les "contraindrait à être libres".

L' idéal visé par "ELLE" pourrait être considéré comme quasiment identique à celui du contrat social de Rousseau : la visée initiale idéale est sans doute quasi identique. Tout se passe donc là même où d'une certaine façon Rousseau se trahit lui-même : là où la "volonté générale" incarnée dans une institution quelconque prétend se substituer aux volontés personnelles .

Or, dans le cas des "personnes souveraines, libres et égales" , la "volonté générale" comme "volonté d'être à la fois totalement libres et pourtant égaux dans cette liberté"  est connue de chaque personne participante, puisqu' elle y a, par définition, donné son libre accord en en étant elle-même consciemment l' auteur créateur de sa propre loi de liberté souveraine sur elle-même. Elle est donc aussi elle-même en charge et en responsablité - vis à vis d' elle-même d'abord - de sa propre "fidélité" à la loi qu' elle s'est elle-même librement donnée ... 

Une autre marque de la différence avec le "Contrat Social" rousseauiste : Il n' y a plus aucun besoin de recourir à cet étrange subterfuge de la "Nature" dans un supposé "état de nature" , qui pourtant ne relève pas de la "nature" au sens historico-scientifique"

Pour les "personnes souveraines libres et égales" il n' y a aucune nécessité, ni besoin ni désir de se décharger de leur propre volonté idéale sur une quelconque "nature"  : La "justification morale" de leur acte souverain se trouve dans cette souveraineté personnelle elle-même, et précisément pas dans la "souveraineté" d'une "volonté générale" ou d'un "peuple", sauf là où cette "volonté générale" ou ce "peuple" permettent déjà réellement et effectivement, à chaque personne souveraine de l' être sur elle-même tout en respectant l' égale liberté des autres personnes participantes de l' être.

Il est trop évident, qu' aucune construction institutionnelle ou constitutionnelle, ni aucun "peuple" concret ou "Etat" ou "Nation ne saurait se prévaloir d' être la "volonté générale" incarnée !



 

Pour "ELLE" et pour "NouS", absurdité totale d'une telle "contrainte, qui trahit d' emblée ce pour quoi elle prétendait être faite : permettre à chacun, dans ce contrat, d'être aussi libre qu'il ne l' était avant.


Date de création : 08/04/2015 14:49
Dernière modification : 08/04/2015 14:49
Catégorie : Egale LIberté
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