EGALE LIBERTE

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ELLE, la Liberté, l' Egalité et l' Universalisme

La Liberté, l' Égalité et l' Universalisme

( Projet d'un commentaire du chapitre "Égalité et Liberté" de l' "Idée de Justice" d' Amartya Sen )

Rappel : Le Principe de l' "Égale Liberté Libre Égalité"  est d'emblée présenté comme NON "universel a priori".


Il est présenté comme un choix personnel de l' auteur ( Armand Stroh) , en tant que "personne" qui s'adresse à d'autres personnes :

Ce sont ces autres personnes ( VOUS , lecteurs ... ) qui choisissent librement d' adopter elles aussi ou non ce principe d' "Égale Liberté Libre Égalité", comme principe régulateur important pour leur propre "loi morale" personnelle. ( Car il s'agit bien d'abord d'une "loi morale personnelle librement construite par la personne", dont la dimension "politique" et /ou juridique n' apparaît qu' ensuite, dans la mesure où de telles personnes arrivent suffisamment à se mettre d'accord sur leur Idéal Commun pour en faire un nouveau "lien politique" ou proposer une modification juridique liée à un cadre politique existant , national ou international, etc. )

Le Principe "Égale Liberté Libre Égalité" est cependant présenté comme potentiellement "universalisable", qui ne deviendrait effectivement "universel"  que si et seulement si toutes ces autres personnes, différentes de l' auteur, adoptaient ce principe. ( Ce qui n'est pas "logiquement" contradictoire, mais très peu probable, si on pose précisément la sauvegarde de la liberté individuelle de chacune de ces autres personnes, dont vous-mêmes, comme fondamentale )

C'est à dire que je fais l' hypothèse qu'il n' y aurait aucune contradiction logique, ni même d'impossibilité physique à long terme, à ce que TOUTE "personne" dans l'univers puisse adopter librement  ce principe et l' utiliser dans sa "vie pratique" tout en conservant la validité effectivement applicable de ce principe pour toutes les personnes qui l' auraient ainsi librement et personnellement adopté.

C'est précisément le principe d' une  Égalité  librement acceptée ( "Libre Égalité" ) qui à la fois laisse la liberté à chacun  d'y adhérer et maintient l' exigence de cette Égalité universalisable  ... pour toutes les personnes qui y adhèrent, mais pour elles seulement :
Les "autres" restent aussi "libres" de décider entre elles ou avec qui elles voudront ou pourront, de leur propre "contrat social" extérieur à l' idéal d' Égale Liberté Libre Égalité. ( Contrats divers de "libre inégalité" ou d' "égalité contrainte" ... , voire d' "inégalité contrainte" ... ou absence de tout "contrat" , le "réel" se chargeant de mettre chacun "à sa place" ... )


La plupart des "Théories de la justice" sont cependant présentées par leurs auteurs comme des essais de proposer une analyse "universelle" de la question, en concurrence avec les autres "Théories de la Justice" des autres auteurs, donc avec la "prétention" que leur propre théorie serait plus "juste" ou "meilleure", voire plus "vraie" que celle des autres ... Certaines de ces théories ont compris qu'elles devraient renoncer à une "vérité morale objective" et pensent pourvoir remplacer le recours à une vérité antérieure de leurs principes par un dispositif purement "procédural" supposé "équitable" , dont on pourrait tirer ensuite tirer ces fameux "principes de justice". ( On reconnaîtra ici notamment le dispositif de la fiction rawlsienne des partenaires dans la "position originelle" derrière le "voile d'ignorance" )

Bien sûr, en tant que "philosophes", ces différents auteurs acceptent tous la liberté du champ de discussion, la liberté de penser et de s'exprimer, pour chacun des auteurs, au sens où ils renoncent à l'usage de l' intimidation, de la contrainte et même à toute forme d' argument d'autorité y compris de "statut universitaire", et prétendent tous  ne se battre avec les autres qu' à coup d' arguments, et de "raisons" soumises au jugement des autres, etc, donc au nom de la "rationalité" dont chacun peut, dans cet espace public, examiner les raisons ( "rationnelles" ou "raisonnables"  ou explicitement exposées comme autres ...)

Je propose donc de porter ici une attention particulière à cette situation qui fait que les "philosophes" qui traitent de "philosophie politique" ou de "philosophie morale" traitent bien sûr d'un "contenu" particulier dont ils discutent, mais que leurs propres échanges argumentatifs relèvent "performativement" d'une application ou du moins d'une non-contradiction performative minimale, mais essentielle de ces principes mêmes dont ils discutent ... ( au moins dans la "société savante" qu'ils pensent former )

( Note : Catherine Audard a récemment  proposé à cet égard l' idée que tous les concepts de "philosophie politique" étaient précisément soumis eux-mêmes ... à des décisions relevant de partis pris politiques, et qu' en dehors de tels "partis pris politiques" le sens des concepts de philosophie politique ne pouvait pas être suffisamment précis ... qu'il  restait précisément vague et général aussi longtemps que ceux qui les utilisent n'ont pas précisé à quelles décisions politiques ils se référaient eux-mêmes )


Ainsi on pourrait dire que Rawls et ses divers détracteurs ou critiques discutent et même se "disputent" sur un contenu des "principes de justice" à propos desquels cependant ils se mettent eux-mêmes en scène comme acteurs - penseurs exerçant plus ou moins bien l' "égale liberté" de leurs propres contributions au débat commun. Ainsi, les philosophes discutant entre eux peuvent se considérer plus ou moins comme étant dans cette fameuse situation "derrière le voile d'ignorance" qui d'après Rawls devrait garantir leur position originelle équitable ... Cela permet en effet aux colloques philosophiques et aux émissions "répliques"  et débats publics  de se tenir sans que les adversaires "théoriques" en viennent aux mains, ou  "aux armes citoyens" .

L' idée principale sur laquelle j'insiste ici, est que les idées et les idéaux de LIBERTÉ et d' ÉGALITÉ, dont nous débattons comme "contenu" du débat, sont aussi toujours déjà fondamentalement à l' oeuvre, même si ce n'est qu'implicitement ( "performativement" comme diraient certains auteurs ) dans la mise en forme sociale, culturelle, linguistique, etc. de ce débat lui-même au sein de l' "usage public de sa raison" dont Kant déjà soulignait l' importance, ou en tant qu' "actes de parole" .

C'est déjà une certaine attitude de respect de l' "Égale Liberté" de penser et de s'exprimer des autres qui, performativement, ouvre un espace de fait "communément partagé" par tous ceux qui acceptent d'y entrer, d'y discuter avec d'autres en acceptant que ces autres y défendent également leurs opinions et leurs arguments.
D'une façon plus générale, dans une certaine mesure, j'insiste très fortement et répétitivement sur la LIBERTÉ d'une telle ÉGALITÉ, donc de l'impossibilité et de la contradiction qu'il y aurait à en vouloir imposer une "universalité a priori" qui "dépasserait" cette liberté individuelle.  En un autre sens, plus vague certes, mais prouvant déjà "performativement" sa possibilité effective, toute personne qui accepte de participer à un tel échange d' arguments concernant la "justice", la "liberté" et l' "égalité", a déjà accepté de fait une certaine "régulation" de sa propre intervention au regard des interventions des autres, et notamment un certain degré de "réciprocité" dans l'écoute des arguments, du moins dans cette situation particulière ...


Plus généralement encore, il existe bien sur des "conditions réelles" nécessaires à l' exercice déjà partiellement effectif de notre "Égale Liberté" .

Mais contrairement à divers auteurs ( comme Habermas ou Marcel Conche ) , je ne crois pas que cette remarque que nous utilisons "tous" déjà de fait  - DANS CERTAINES CIRCONSTANCES - un "contrat implicite" d' "égale liberté" , puisse amener à en généraliser "logiquement" l'usage explicite à toutes sortes d'autres situations  sociales différentes. Pas plus que le constat de notre "empathie" spontanée envers un certain nombre de "proches" n'entraîne l' extension "spontanée" ni même "justifiable" de cette empathie à d'autres catégories de situations et de "partenaires".

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Un des aspects importants de l' analyse faite par Amrtya Sen des rapports entre Égalité et Liberté
( Chapitre 14 de "L'Idée de Justice" ) se trouve dans les paragraphes intitulés
"Les caractéristiques plurielles de la liberté".


Autrement dit : s'il y a de multiples façons de voir "la" liberté, variant d'une personne à une autre, les différents types de philosophie de la liberté auront donc des points de vue différents. Amartya Sen en analyse certains, comparant son propre point de vue à celui de Rawls ou à celui du "républicanisme" de Philip Pettit. 

Quelle remarque générale peut on en tirer ( en tout cas que je choisis moi-même librement d'en tirer ... ), sinon ceci :

- 1.  Il y a certainement un certain "noyau" commun entre toutes ces différentes visions plurielles de la liberté, noyau commun qui, à part le mot lui-même ( et encore ... puisque en anglais on peut se demander, comme le fait Amartya Sen s'il convient ou non de faire une différence entre "liberty" et "freedom" ) , n'est sans doute pas si facile que cela à mettre en évidence, même si certains on tenté de donner des "définitions" de la liberté.

En effet un des aspects de toute "liberté", c'est précisément de pouvoir éventuellement "échapper" de toute définition préalable :
Ce qu'il y a de commun, est donc - peut-être, simplement cela : la "liberté", c'est "ce" qui se "définit" librement elle-même comme telle, donc sans avoir besoin pour cela de "définition" externe préalable.

- 2. Face à ce constat analytique d'un "pluralisme" des idées et des caractéristiques de la liberté : chaque personne est LIBRE de choisir ... pour ELLE-MEME, le "sens" qu' elle voudra ou pourra donner - lui-même pluriel - si elle le veut .. au mot "LIBERTE" qu' elle emploie ... pour elle-même.

C'est bien sûr dans la question d'une relation entre ses propres usages personnels et les usages que font d'autres personnes dans un "échange" verbal ou textuel "commun" ( lisible et compréhensible par eux ), que la question de l' articulation de la pluralité des sens du mot "liberté" ( matériellement utilisé comme "signifiant" commun répété dans une pluralité d' "occurences" ) pourra se poser, avec l' apparition immédiate, dans ce contexte de la question de l' "Égalité" de ces différentes conceptions plurielles de la liberté, dans la capacité même d'assurer à la fois la continuité de l'usage du même mot ( ou d'avoir à en inventer d'autres ... ) et d'accepter une telle pluralité d'interprétations.

Proposition : Toutes les "libres définitions" de la "liberté" ne se "valent" pas   ... du point de vue de leur capacités respectives à réunir malgré toute ces libres différences dans une même possibilité de "maintenir" cette liberté même dans son ouverture même ... librement renouvelée.

 

Dans l'usage discursif partagé du mot "Liberté", la question même de l' "Égale Liberté" se trouve déjà  impliquée, du moins en ce point de convergence singulier où l' Idée de Liberté ( sa "signification" ou son "signifié" , dans une "représentation mentale" suffisamment stabilisée )  s'applique à l'usage même de son "signifiant", donc à ses différents usages intralinguistiques ou discursifs, mais aussi aux effets "pragmatiques" extralinguistiques que les usages effectifs du mot "liberté" en situation de "parole en acte"  peuvent entraîner.
Faut-il cependant ne voir dans le mot "liberté" qu'un équivalent d'une "place vide" permettant aux autres signifiants du langage philosophique de "jouer"  les uns par rapport aux autres ?  ( Vous êtes "libres" de lacaniser la canule du cas nul de là vacant , Kant à lui ... )

Si j'imagine même construire une "axiomatique formelle" définissant dans des formules purement "formelles-syntaxiques" l'usage du mot "liberté", alors je ne peux pas, comme être humain réfléchissant qui ne se limite pas à la simple exécution automatique d'un programme, ne pas m'apercevoir du méta-niveau auquel je peux en effet toujours me placer, où je sais que je peux choisir, dans une certaine mesure, les règles "axiomatiques" en question ... ou en définir d'autres, sachant que précisément "ma liberté" se trouve alors d'abord LA ( dans ce méta-niveau ), plutôt que dans l'exécution fidèle interne du système axiomatique objet que je suis en train de construire, en essayant d' y "définir axiomatiquement" le mot "liberté" !
SAUF si, encore par une "libre décision" du méta-niveau - je décidais dorénavant de ne plus jamais utiliser le mot "liberté" qu'en me pliant moi-même, comme un robot, aux "règles de ré-écriture"  du mot "liberté" ainsi axiomatiquement  formalisées :
Mais "JE" continuerais à savoir que la décision de plier une partie de mon comportement mental ou discursif à la norme d'une axiomatique usant du mot "liberté" , "JE" pourrais toujours, LIBREMENT ( à un quelconque "méta-niveau" ) , le récuser et sortir de l' application "automatique" de la règle formelle du niveau "axiomatisé".

Ainsi de la "liberté morale" : Il n' y a de "liberté morale" effective que là où je peux choisir de suivre OU de ne pas suivre une "loi morale" quelconque explicite : c'est précisément ce en quoi une "loi" quelconque peut devenir plus ou moins "morale" :
Dans quelle mesure cette "loi" candidate à la "moralité" permet-elle à ma liberté de s'exprimer à travers elle.

Bien sûr, dans le cas de la "loi morale nouvelle" ici présentée, cette libre exigence de liberté s' énonce à travers la libre adhésion à une proposition d' "Egale Liberté Libre Egalité" proposée par une "personne" ( "moi" ) à d' autres "personnes" ( "vous" ), de telle façon que "vous" pourriez tout aussi bien que "moi", choisir de faire cette même "proposition" en partant de votre propre entière liberté.

Cette proposition cherche donc à énoncer le principe d'une liberté qui n'a intrinsèquement d'autre limite que l' "Égale Liberté" de toute autre personne ( vous par exemple, si vous le voulez ) qui choisirait d' énoncer ce même principe.


 

Remarques Annexes :


C'est précisément une des différences capitales entre toute intelligence "réelle" et n'importe quelle "intelligence artificielle" ( au sens strict d'un système homologue d'une "machine de Turing" ), aussi sophistiquée soit-elle, et aussi capable soit-elle de SIMULER une telle intelligence réelle.
Un système de type "machine de Turing" est PAR DÉFINITION ( de notre part , pensé de telle façon que ses "états" discrets se déterminent les uns les autres par une "composition logique" ( un "calcul" ), qui ne puisse pas "sortir de lui-même" : Par définition, une telle machine doit rester "enfermée dans sa définition", même si elle peut, à l'intérieur de ce fonctionnement, faire des choses "extraordinaires", qui nous surprennent par la "ressemblance" avec certains de nos propres comportements les plus "créatifs". Car poser une telle définition syntaxique axiomatique ( une "grammaire formelle" ) limitée PAR DÉFINITION au seul usage légitime que sa syntaxe de "récriture" nous propose, crée cependant très souvent ( en fonction du type de "récursivité" mis en oeuvre ), des effets de "compositions dérivées" complexes, aux effets esthétiques largement inattendus et même "imprévisibles" si non par un calcul effectif ... équivalent. ( Cf fractales, réseaux d'automates cellulaires, réseaux de neurones formels .... )

La seule façon de permettre à une telle "machine" de sortir de son propre "enfermement axiomatique", c'est de lui permettre d'avoir une action sur le monde extérieur à son propre formalisme, et notamment par exemple sur la PHYSIQUE ( ou la chimie ou la biologie ... ) de ses propres composants et des phénomènes matériels et énergétiques qui "implémentent" ses calculs. Alors en effet il peut se produire des choses effectivement aussi réellement "créatives" que dans l' évolution biologique ou le fonctionnement de notre propre organisation cérébrale ou sociale ;
Mais une telle "machine" qui interagit  rétroactivement sur sa propre composition et organisation énergétique et matérielle n'est plus une "machine de Turing" conforme à la définition purement formelle ou "axiomatique" - qui - par définition - se veut INDEPENDANTE de la nature physique de son implémentation.

Une expression donc comme "intelligence artificielle" est beaucoup trop vague, parce que le mot "artificiel" est trop vague.

Ce n'est pas parce que nous avons librement décidé d' avoir un enfant avec telle ou telle autre personne dans telles ou telles conditions avec tel ou tel contrat, que cet enfant est un "être artificiel". Et même si nous avions entièrement décidé de la composition de son ADN, il ne le serait pas,
Parce que décider de la composition de l' ADN d'un organisme ne nous permet pas de contrôler "formellement" l' organisme qui en résulte par développement biologique comme nous pouvons contrôler formellement l' exécution d'un programme par une "machine de Turing" :
A tous les étages de l' organisation biologique, le supposé "programme" interagit en permanence et est "sélectionné" en permanence par sa propre capacité à assurer la pérennité de ses composants et de ses processus "auto-organisationnels " intimement liés à la physico-chimie de ses composants" qui doivent eux-mêmes être trouvés dans son environnement par des voies complexes ... pour assurer les flux matériels et énergétiques nécessaires au maintien et à la dynamique organisationnelle d'un tel "système ouvert".

Le type d' "émergence" qui résulte de l'interaction PHYSIQUE des composants ne peut pas être réduit à l' "émergence formelle" qui peut se produire dans un système formel ou un "machine de Turing" où par définition le fonctionnement "résultant"  ne tient compte que des contraintes formelles définies par les règles de "composition" logique du calcul, soigneusement SÉPARÉES des contraintes physiques qui pourraient intervenir "spontanément" entre les composants en "perturbant" la logique de "composition" prévue.

Nous mettons de côté pour le moment ici une discussion théorique qui porterait sur l' équivalence supposée de la "composition réelle" des fonctions d'ondes de la mécanique quantique ( qui "déterminent" les organisations de la matière aux niveaux supérieurs )  avec les systèmes formels d' "équations" ou les modèles de calcul supposés SIMULER suffisamment fidèlement  une telle "composition".
Un "ordinateur quantique" supposé implémenter une telle SIMULATION numérique de la composition des "fonctions d'ondes" , pourrait-il être suffisamment "puissant" pour que cette simulation soit aussi  "déterminante" que la composition réelle des "interactions élémentaires" que ce calcul serait censé "simuler" ? ( La question est liée à celle de la capacité supposée des équations de la mécanique quantique à décrire TOUTE l' information disponible dans un système physique élémentaire )


 


Date de création : 02/01/2017 12:07
Dernière modification : 09/01/2019 17:06
Catégorie : Liberté et Egalité , diverses conceptions
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