EGALE LIBERTE

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Un accord fondamental introuvable dans nos démocraties ? Une "impasse" dans l' histoire politique des démocraties dont Rawls prétend sortir

Un accord fondamental  introuvable dans nos démocraties au sujet de la liberté et de l' égalité?
Une "impasse" dans l' histoire politique des démocraties dont Rawls prétendait sortir.

Commençons par citer l' extrait suivant de "Justice et démocratie" ( traduction Seuil 1993 , p.76 ) :

" ... Le développement de la pensée démocratique depuis deux siècles environ a montré,en effet, qu'il n'existe pas d'accord sur la façon d'organiser les institutions sociales fondamentales de manière qu'elles respectent la liberté et l'égalité des citoyens, considérés comme des personnes morales.
Il n' existe pas , exprimé de manière à recueillir l' approbation générale, un accord satisfaisant sur les idées de liberté et d'égalité implicites dans la culture publique des démocraties. Il en va de même quand il s'agit de trouver un compromis entre ces deux aspirations. Or une conception kantienne de la justice  essaie de dissiper le conflit entre les différentes interprétations de la liberté et de l' égalité en posant la question suivante.
Quels seraient les principes de liberté et d'égalité traditionnellement reconnus, ou quelles seraient les variantes naturelles de ces principes , sur lesquels les personnes morales elles-mêmes, en tant que libres et égales, pourraient se mettre d'accord, si elles étaient équitablement représentées de ce seul point de vue et si elles se considéraient comme des citoyens, c'est à dire comme membres à part entière et pour toute leur vie d'une société réelle ?
Leur accord - si tant est qu'un accord soit possible - devrait mettre en évidence les principes de liberté et d'égalité les plus satisfaisants, et pour cela définir les principes de justice. "

Ceux qui connaissent un peu la "Théorie de la Justice comme équité"  de Rawls, savent que pour répondre à sa propre question concernant les conditions d'un tel accord "équitable", il a proposé le dispositif du "voile d'ignorance" derrière lequel les représentants devraient délibérer pour arriver à préciser les "principes de justice" en question.

Cependant étrangement, à ma connaissance, il ne semble pas avoir cherché à simuler réellement une telle démarche avec un certains nombres de personnes bien réelles ( ne seraient-ce que des étudiants ou des collègues... ) qui se seraient efforcées le plus possible de jouer ce rôle de "constituants" chargés d' établir ces "principes de justice". Pour l' essentiel de son travail, il a cru bon de le faire ... tout seul, en philosophe, en délibérant en quelque sorte avec lui-même, certes en étant très "informé" concernant toutes sortes de positions de philosophie politique et morale qui précédaient la sienne dans l'histoire des idées.
Donc, en fait, il a donc supposé, pragmatiquement, qu'une seule "personne" ( lui-même ) était au moins aussi capable TOUTE SEULE en réalité de mettre au point ces fameux "principes de justice" , que ne l' aurait été un véritable groupe de personnes supposées "représenter" les "citoyens libres et égaux" dans cette étape du travail.

Si le travail de délibération et de dégagement des "principes de justice", derrière le "voile d'ignorance" a été une SIMULATION de discussion, mais réalisée en fait par une seule personne réelle ( Rawls lui-même ), il faudrait en tirer un certain nombre de conséquences concernant le type de "validité" ainsi obtenu pour ces "principes de justice" ... Certes, comme pour tout débat philosophique ( et encore plus  scientifique ), la "communauté des savants" est invitée par Rawls à en débattre : APRÈS COUP. Mais où est la procédure "POLITIQUE" effective ?
Les différents lecteurs critiques de Rawls, dans la communauté "savante", n'ont pas manqué en effet de le reprendre sur de nombreux points, marquant ici leur accord partiel, ailleurs leur désaccord, etc.

Peut-on vraiment dire qu' à l'issue de quelques décennies maintenant de débats .philosophiques autour de la "Théorie de la Justice de Rawls", y compris ses rectifications les plus récentes par Rawls lui-même, l' ensemble des spécialistes soient d' accord pour reconnaître tels quels ces fameux "principes de justice" comme étant aussi les leurs personnels, à l' issue d'un "consensus par recoupement" suffisant entre eux ?
Il y a là un point essentiel à remarquer à mes yeux : nous sommes avec cette "Théorie de la Justice" rawlsienne, précisément sur le terrain de ... la PHILOSOPHIE, et non sur celui que Rawls lui-même indiquait comme celui de la construction "POLITIQUE" .

Nous ne sommes bien sûr pas non plus sur le terrain de la "science" ( au sens moderne précisément au-moins post kantien du mot "science" ).
Et ceci d'autant moins que Rawls lui-même ne prétend plus comme certains philosophes, établir une sorte de "vérité morale objective" : Le pluralisme des doctrines philosophiques "compréhensives" est explicitement invoqué par Rawls comme l'un des faits fondamentaux qui nécessite le recours à une autre régulation que celle d'une supposée "objectivité" de valeurs morales.


C'est donc bien sur le terrain propre du "politique" qu'il entend se placer, tout en essayant d'en dégager la spécificité.en contribuant à "définir" cette dimension spécifique du "politique" . Mais alors, qu'est ce qu'une dimension "politique" ( donc "constituante" pour une société au moins potentielle ) dont les "principes de justice" sont en fait pensés par une seule personne, celle du philosophe Rawls ? Aussi "libre et égale" se pense-t-elle par rapport aux autres personnes réelles possibles dans ce rôle.

Ne serait-ce pas en fait une démarche tout simplement "MORALE", d'une façon personnelle de "comprendre" la liberté et l'égalité, qu' ensuite on peut proposer à d'autres de partager librement et volontairement dans une "association", librement choisie par ces personnes : Mais une telle association librement choisie par les personnes qui s'y associent  alors ne correspond plus du tout à certains traits que Rawls pourtant attribue à la sphère du "politique"  !

Je vois difficilement comment on peut chercher à tenir sur une telle ligne de crête.

A titre personnel, contrairement à Rawls, je poserai donc clairement ma proposition de l' "Egale Liberté Libre Egaliité", comme étant d'abord une construction personnelle ( "morale" ) et "compréhensive" , donc le résultat d'un CHOIX PERSONNEL, dont le contenu ne vaudra, par "recoupement", que par et pour toutes les autres personnes qui auront LIBREMENT fait un tel choix équivalent ( même s'il ne s'exprime pas exactement dans les mêmes termes - puisqu'il y a là une dimension d' expression "esthétique" dépendant du pluralisme des situations culturelles où chaque personne forme ses "langages" et ses "représentations". ).
C'est précisément la "Libre Égalité"  qui désigne une telle liberté morale fondamentale dont chaque personne PEUT s'emparer ou non pour adhérer ou non - OU PLUS OU MOINS dans des formules qu'elle devra personnellement préciser aux autres avec qui elle entre en association. 

Une des dimensions de la crise actuelle de la "démocratie" et plus spécifiquement encore de la "gauche" politique est directement liée à cette impuissance de plus en plus patente à pouvoir décider "politiquement" du lien "politique" , comme le marque le triple mouvement de dissociation de cette sphère "politique" ( au sens démocratique ) , soit dans l'omniprésence des "marchés" , soit dans le replis nationaliste "identitaire", soit dans les formes du lien religieux ou "culturel" les plus archaïques. Ce n'est sans doute pas un hasard si c'est en France que cette crise du "politique" prend une tournure si dramatique, puisque c'est là que nos "républicains démocrates" on cru que les "citoyens" pouvaient, sur cette base historico-géographique, constituer un lien purement "politique", INDÉPENDAMMENT ou au-dessus des contingences "économiques" , des contingences d'une "identité nationale composite"  et des allégeances culturelles et religieuses traditionnelles.

La crise actuelle de la "Gauche" en France est directement en prise avec la crise propre de cette "sphère politique" dont un certain nombre d'intellectuels français, notamment à gauche, avaient cru pouvoir instituer l' autonomie relative par rapport aux trois autres sphères signalées ( l' "économie" généralisée des "marchés", l'identitarisme national composite mais "franchouillard", enfin les "familles" de convictions religieuses ou philosophiques qui reconstituent leur propres réseaux d'adeptes ).

On voit aussi comment de façon  timide, certaines propositions de "constituants" voudraient à nouveau ressusciter cette sphère "politique"  en crise en pensant que la formation d'une VI ème République pourrait reconstruire cette ancienne "citoyenneté" ou en élaborer une nouvelle, mais dans les vieilles "outres" des "frontières historiques et géographiques d'un vieux "territoire" et d'un vieux "peuple" supposé encore suffisamment "identifié" et "unifié" pour cela.

Pour ma part, j' explore une autre direction, celle précisément où la sphère "politique" au sens de Rawls et identifiée à la "souveraineté" des  "Etats-nations"  sera progressivement remplacée par des réseaux internationaux où le nouveau lien politique et juridique sera, pour un nombre de plus en plus important de personnes constitué par les réseaux associatifs libres et volontaires où ils choisissent de s'engager.
( Une dimension que précisément Rawls ne considérait pas comme proprement "politique" ...)

 





 


Date de création : 24/01/2017 16:54
Dernière modification : 24/01/2017 16:54
Catégorie : ELLE, Rawls , le Bien et la Justice
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