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L' auto-organisation du "réel"

L' AUTO-ORGANISATION du "Réel"

Il est possible de parler d' "auto-organisation" à différents niveaux :

1.  Au niveau de l' "univers physique" ( supposé descriptible par les théories de la science appelée "physique" et des sciences des organisations énergétiques, matérielles et informationnelles qui s'articulent à différents niveaux avec les "états fondamentaux de la matière" ) on peut dire, que par définition même de l' "univers", celui-ci s' "auto-organise", puisqu'il n' a pas de "dehors", ou qu'un tel "dehors" encadrant pensé dans certaines théories physiques comme un "multivers" , n'est qu'une nouvelle façon de formuler la théorisation et la modélisation mathématique  du "tout-un" du "réel" qu' ordinairement on appelle précisément "Univers".
Ainsi les grandes théories physiques qui cherchent au niveau mathématique à "unifier" les formalismes de la physique quantique , de la relativité, etc. sont des essais de modélisation d'une telle "auto-organisation" de l'univers".

Une question classique posée est celle d'une éventuelle "formule" ou "équation" unique universelle à partir de laquelle toute autre "émergence" évolutive complexe pourrait être "déduite", du moins en "théorie" ... ce qui très souvent suppose l' hypothèse absurde qu' on dispose de fait d'un univers infini ( pire ... "transfini" ... ) capable de se "calculer" lui-même. On se heurte rapidement à des limitations des formalismes  comme celles mises en évidence par Gödel , Cohen, etc. Bref, si l' Univers ou le "Réel"  se "calcule" lui-même en se "faisant" ( à la manière de la création divine de certains anciens philosophes ), ce n'est précisément pas en "calculant" avec des entités "atomiques" élémentaires du genre "lettres d'une grammaire formelle"  , y compris réduite à 1 ou 2 "symboles élémentaires". L' auto-organisation du "réel universel" n' a pas besoin de se "calculer" ainsi pour arriver à "être". Elle n' a pas besoin d'une "représentation" d'elle-même pour exister de façon "brute", ou comme le diraient certains philosophes pour être "en soi" ...

La physique quantique a commencé à mettre le "doigt" ( mais le doigt , "digitalisé" en Qbit, n' en a pas fini de se "dé-digitaliser ... ) sur l' incapacité fondamentale du "niveau zéro" du réel  à se DÉFINIR comme "zéro" ( au sens mathématique de la valeur "nulle" d'une quantité mesurable ), la seule "granularité" fondamentale étant précisément celle du "quantum d'action". Ainsi le "vide quantique" n'est précisément pas formellement "vide", mais tout aussi bien "totipotent", rejoignant davantage l' intuition de Hegel lorsqu'il disait que "L' être pur" abstrait et le "Néant pur" abstrait  sont un seul et même concept.

2. Plus ordinairement et couramment, le terme d' "auto-organisation" est utilisé pour désigner la façon dont les organismes vivants se forment et se transforment, en articulant cette organisation morphogénétique avec les potentialités "auto-organisatrices" de la matière chimique, de la chimie macromoléculaire, des interactions thermodynamiques et statistiques entre les différents "compartiments" de l'organisation biologique , des effets spécifiques de la physique quantique, des interactions entre l' organisation vivante et son "environnement" , etc.

Le terme d' "auto-organisation" signifie avant tout qu'il n'est pas nécessaire de chercher d' explication de cette organisation en-dehors d'une part de l'interaction physique entre les composants énergétiques et matériels de cette organisation, et d'autre-part des aspects de logique informationnelle liés précisément aux multiples boucles de causalité récursives qui s' établissent et se maintiennent en s' "auto-entretenant" ( en utilisant de l' énergie" puisée dans leur environnement physique ) et en se "reproduisant",  en créant ainsi, en liaison avec des mécanismes variationnels aléatoires les conditions d'une évolution  "mutation / sélection" des "populations" organisées en question ( depuis le niveau moléculaire jusqu' aux niveaux les plus complexes d'une telle organisation, comme celle du cerveau ou des sociétés humaines. ).

Dans cette perspective , de nombreuses propriétés spécifiques de certains organismes complexes, autrefois considérées comme nécessitant le recours à des principes explicatifs supplémentaires ( "âme", "élan vital", etc. ) , sont alors considérées comme des "propriétés émergentes", c'est à dire propres à la "complexité" de l' organisation : autrement dit : il faut et il suffit qu'une telle organisation soit présente et fonctionnelle pour que les "propriétés" en question apparaissent pour un observateur extérieur :
- Quand un embryon est matériellement "organisé" d'une façon donnée ( potentiellement descriptible dans ses caractéristiques principales ) , nul besoin de supposer de lui "insuffler" une "vie" ou une "âme quelconque" , pour que cet embryon, placé dans un milieu d'interaction adéquat, se "développe" par "auto-organisation" de cette conformation physique organisée "embryonnaire".
Les conditions environnementales nécessaires sont elles-mêmes simplement , soit énergétiques et matérielles, soit "informationnelles" ou "conformationnelles".
En particulier, les "états de conscience" de notre cerveau, placé dans des conditions environnementales données permettant un tissu interactionnel suffisamment dense et complexe avec cet environnement , s' auto-organisent comme processus énergétiques/matériels/informationnels qui donnent nécessairement lieu à ces effets "émergents" que nous désignons par ailleurs, dans notre expérience ordinaire sous le terme de "états de conscience" .

Dans une telle perspective, de nombreux problèmes restent cependant ouverts quant aux régularités ou aux "lois" éventuellement observables dans ces capacités "auto-organisatrices" , en particulier celui du degré d'indépendance ou de dépendance de telles émergences auto-organisées d'une articulation physique "analogique" entre les organisations conformationnelles et informationnelles , ou seulement d'une organisation "fonctionnelle" d'un "calcul" , où seul l' "algorithme" abstrait serait important.

Ainsi certains tenants de la thèse "forte" de l' "intelligence artificielle", considèrent que les propriétés émergentes de nos états de conscience, de nos représentations et traitements conscients, cognitifs,perceptifs, émotionnels, etc. sont simplement dus à la forme logico-mathématique complexe de ces traitements, INDEPENDAMMENT de la nature du support biologique cérébral qui les réalise, et donc qu'on aurait l' émergence des mêmes types d' états de conscience dans une quelconque "machine" utilisant d' autres supports énergétiques et matériels, à la seule condition d'avoir le même type complexe de "calcul formel".

D'autres, dont je suis plutôt, pensent qu' un certain type d'articulation complexe entre la  fonction "calcul formel " ET les supports énergétiques / matériels qui les "implémentent" est nécessaire pour que certaines de ces propriétés émergentes puissent apparaître ( et notamment celles qui sont relatives à notre "prise de conscience" ) .

Un aspect d'un tel débat est depuis longtemps connus sous le vocable de "Test de Turing", où il s'agit pour un observateur humain extérieur de savoir s'il trouve un moyen fiable de distinguer une "machine" sophistiquée qui communique avec lui ( un simple "algorithme" sophistiqué ) d'un autre être humain réel  ( ou même d'un animal qu'on aurait doté d'un logiciel de traitement et de production de langage humain "naturel" ).
 Pour simplifier le problème on suppose que le canal de communication est réduit à la seule dimension d'un langage échangé. Mais on pourrait aujourd'hui facilement étendre le test à la communication d'images de synthèse où les deux "interlocuteurs" ne communiquent pas uniquement linguistiquement, mais à travers leurs "représentations numériques" possibles. : Un "avatar" animé par un "véritable être humain" et un "avatar" uniquement animé par un programme d'intelligence artificielle. 

Comment, "moi", "esprit humain  authentique", je peux savoir si j' ai affaire à un autre "esprit humain authentique" , ou à une simulation algorithmique sophistiquée d'un tel "esprit".

Bien sûr, dans le cas de la thèse "intelligence artificielle forte", il arrive un moment où cette différence ne peut plus être faite, et où moi, "esprit humain authentique", je devrais reconnaître à cette simple "machine algorithmique", les mêmes "états de conscience" que je reconnais aux autres êtres humains ordinaires.

Dans  le cas où nous n' acceptons pas cette thèse de l' I.A. "forte" comme suffisante, nous voyons bien dans quelle direction nos questions "différentielles" vont se diriger : nous chercherons à savoir de plus en plus précisément comment la "logique informationnelle" avec laquelle nous communiquons est concrètement "implémentée", avec quelles modalités de liaison entre la fonctionnalité logique du "programme" ET les processus physiques effectifs qui le réalisent :

Nous demanderons à notre interlocuteur quelles représentations il se fait de sa propre constitution et qu'il nous apporte la preuve ... dans une expérience scientifique commune reproductible ( elle-même MATERIELLE et énergétique et pas seulement numériquement "simulée" ) ... du lien entre ses propres "pensées" et les phénomènes physiques "corporels" , énergétiques et matériels, dont il nous parle.  Bref nous porterons précisément nos questions sur cet  interface d'articulation entre le "formalisme abstrait" et les structures matérielles et énergétiques qui l' implémentent  ... y compris celles qui NOUS permettent hic et nunc d' en discuter entre NOUS,

Qu'est ce qu' une "machine" , dans sa définition même, c'est une organisation matérielle dans laquelle les "fonctions" et les "organes"  sont suffisamment  distincts pour faire en sorte que les "organes" ( énergétiques / matériels ) n'aient pas d'influence "essentielle"  sur les "fonctions" qu'ils réalisent et réciproquement, pour assurer précisément que cette "fonction" puisse être le plus efficacement et fidèlement possible contrôlée de l' extérieur ( par le concepteur, l' ingénieur, le programmeur, etc.. ) et non pas justement par les lois physiques propres aux composants, qui doivent toujours rester dans les zones précises normées du fonctionnement prévu.

Une "machine à vapeur" est prévue pour "fonctionner" en restant "asservie" aux "fonctions" qu'on lui prescrit de l' extérieur, et non pour "exploser quand ça lui chante" !
Seules des "machines pour rire" ( ou prévues pour tromper sur leur fonction réelle ... ) , construites par des artistes ( Tinguely par exemple )  peuvent ainsi être "laissées à elles-mêmes", c'est à dire aux interactions plus ou moins spontanées de leurs composants énergétique et matériels.
Les actuelles "machines apprenantes" sont finalement toujours encadrées par un super-algorithme d' apprentissage , même s'il est "récursif" et "apprend à apprendre"  ... en fin de compte mis en place ( et physiquement implémenté dans un ordinateur ou dans un processus physico-chimique ( soupe d' ADN ou macromoléculaire, interactions lumineuses ou autres ) , par une volonté extérieure ( humaine ), qui cherche à en délimiter les contours.

( Une "machine" au sens simplement formel ( sans considérer les contraintes de ses implémentations physiques ), comme l' ont montré les logiciens, peut être "réduite" à une structure formelle  générale de "manipulation de symboles" . ( "Machine de Turing" ) , toutes ces structures formelles étant alors comparables entre elles quant à leurs capacités formelles à résoudre THÉORIQUEMENT  certaines classes de problèmes, ( la question de la capacité physique réelle de telle ou telle implémentation imaginable à effectuer de tels calculs en un temps fini étant alors réservée à d' autres disciplines ... )  ).


Bien évidemment, les interactions RÉELLES qui en résultent, peuvent toujours "déborder"  les prévisions de "contrôle" de l' ingénieur, mais précisément, cela montre alors que cette "émergence"  inattendue résulte justement d'une interaction entre les interactions physiques complexes du dispositif  et les particularités du "programme" informatique qui y est implémenté, et pas seulement  de la logique interne .

On peut bien sûr avoir des cas apparemment intermédiaires, comme par exemple les "automates cellulaires" . Mais en général, il s'agit là de simulations numériques :
Il y a bien "émergence" de formes inattendues, mais comme on se garde bien de permettre une interaction étroite entre ces formes informatiques émergentes et  certains phénomènes physiques émergents qui pourraient interagir avec ces formes, la nouveauté de ces émergences simplement formelles apparaît assez rapidement comme "limitée", précisément par ce qu'on empêche la fonctionnalité algorithmique d'interagir directement avec des capacités auto-organisatrices du réel .
Car on voit bien comment les informaticiens jouant avec des algorithmes "viraux" peuvent voir en effet leurs "virus" s' échapper hors des mémoires où ils sont supposés confinés, et se répandre dans les réseaux en "interagissant" diversement avec les organisations humaines, biologiques, ou physiques  réelles en général.

De la véritable "émergence" alors est en effet possible ... mais précisément due à l'interaction de l' algorithme formel proprement dit avec ses conditions physiques générales d'implémentation et de propagation. Et notamment s'il trouve des moyens de se "reproduire" et de "prospérer" de façon inattendue "émergente", ce n'est pas uniquement  parce que sa structure logique lui en donne la possibilité, mais AUSSI parce que son implémentation physique et environnementale lui en donne l' opportunité. Les deux types de facteurs s'y coordonnent et  peuvent alors co-évoluer, comme dans les organismes vivants "naturels" où les processus informationnels sont en étroite interaction avec les processus physico-chimiques assurant la survie et le renouvellement énergétique matériel de l' organisme.





 


Date de création : 27/10/2015 17:05
Dernière modification : 27/10/2015 17:05
Catégorie : AUTOORGANISATION
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